Histoire du village de Norgeat - Commune de Miglos - Pays de Tarascon-sur-Ariège (09)

NORGEAT-Miglos (Ariège), d'Hier et d'Aujourd'hui

Histoire de l'école de Norrat de 1870 à 1945





Les enfants de Norrat et Axiat doivent, pour apprendre à lire, écrire et compter, se rendre à l'école d'Arquizat ; depuis la rentrée de 1865, ils peuvent aussi aller  à Norgeat (mais à l'époque, le chemin était plus long que la route actuelle, qui n'existait pas encore).
En fait, beaucoup de parents ne les envoient pas à l'école, ou pas assidûment, en particulier leurs filles, comme en témoignent les actes de mariages, où les femmes, plus souvent que les hommes, ne signent pas « pour ne savoir ». Il faut se rappeler que jusqu'en 1858 il n'y avait pas d'école de filles (voir 1ère partie).
Les habitants de ces hameaux demandent donc l'ouverture d'une école mixte, et le conseil municipal du 17 mai 1870 émet un avis favorable.
Mais cette première demande n'aboutit pas.

La maison d'école chez l'habitant (1878-1892)

Huit ans plus tard,  « la municipalité, préoccupée du nombre considérable des enfants  des deux sexes des sections de Norrat et Axiat  qui ne peuvent, vu les difficultés des moyens de communication, se rendre aux écoles du chef lieu ou à celle de Norgeat, a demandé, dans sa séance du 10 février 1878, la création d'une école mixte au hameau de Norrat »  (lettre au préfet).
Pourquoi une école mixte ? La loi précise qu'au dessous de 400 habitants, on ne peut ouvrir une « école double », classe de garçons et classe de filles ; et le hameau (sans doute Norrat et Axiat réunis, comme le mentionne le  rapport d'inspection  de 1881) n'en  compte que  210.

Après l'accord du ministère, le 15 juin, (« le nouvel établissement devra être dirigé par une institutrice adjointe »), un local est trouvé à Norrat,  un bail est signé le 5 novembre 1878  entre le maire (Jean-Marie Bacou) et Françoise Gabarre, pour une partie de maison appartenant à sa fille Mathilde Fauré  Lagrimpe : la salle de classe au rez-de-chaussée et deux chambres à l'étage pour loger l’institutrice. Prix : 120 francs annuels.



Comme on le verra plus loin, le local est loin d'être idéal, mais c'est néanmoins un grand progrès que d'avoir une école sur place.
 
Marie BONNEL, originaire de Vèbre,  inaugure la « maison d'école » ; elle est installée le 1er juillet (donc, avant la signature du bail...). Elle a  44 élèves (inscrits, mais aussi présents lors de la première inspection) dont certains n'ont jamais été scolarisés ; l'inspecteur écrit  « école neuve dirigée par une débutante [elle a 19 ans et c'est son premier poste]: tout est à faire ». « J'ai trouvé là des jeunes gens de 15 ou 16 ans incapables de lire couramment, par conséquent relégués, pour les exercices scolaires, au rang des petits enfants. »  On imagine facilement  les difficultés de l'institutrice, qui en plus s'occupe de deux de ses jeunes sœurs vivant avec elle !
Le 14 décembre, le conseil départemental de l'instruction publique accorde un « secours » de 244 francs pour l'achat du « mobilier scolaire classique », somme qui s'ajoute aux 100 francs donnés par la commune.
En 1880, l'inspecteur écrit que Marie BONNEL « lutte autant qu'elle le peut contre la désertion des élèves ».
Le 12 mars 1882, elle épouse à Miglos Jean DENJEAN (natif d'Auzat), et le 15 avril elle quitte l'école de Norrat pour rejoindre son mari, instituteur à Prat Communal.

Entre temps, les lois Jules Ferry ont rendu l'instruction  publique et gratuite, le 16 juin 1881, puis obligatoire, le 28 mars 1882. L'inspection d'Académie demande à la municipalité de  projeter la construction d'une école, car « les locaux scolaires ... sont peu convenables ».
Le maire, Joseph Pujol, est mandaté (conseil municipal du 13 août 1882) pour choisir l'emplacement, trouver un architecte et le financement (emprunt). En  mars et avril 1883 un acte de vente est passé avec les propriétaires de quatre parcelles « au quartier dit  Greil » (derrière l'actuel  lavoir) « devant servir à l'établissement d'une école mixte », et dont la commune  aurait « la jouissance le jour de l'adjudication des travaux de construction »,  adjudication qui n'a  pas eu lieu.
Plusieurs maires se sont succédé en peu de temps, ce qui explique peut-être qu'il faudra attendre sept ans pour que « les choses avancent » !

Revenons à avril 1882 :  par une permutation avec l'institutrice de Prat Communal, Marie BONNEL est remplacée par Juventine GALY, « pauvre fille sans force, toujours malade » écrit l'inspecteur en 1884 ; elle décédera d'ailleurs l'année suivante à Saurat, à l'âge de 37 ans.
On trouve, à la mairie de Miglos, deux procès-verbaux d'installation : celui de Mlle DESCOUS le 14 mars 1884 et celui de Marguerite IZAURE, institutrice intérimaire, le 12 juin suivant. On n'en sait pas plus, ces remplacements ne figurant pas dans les dossiers des instituteurs.
 
D'octobre 1884 (nomination de Juventine GALY à Croquié) à décembre 1885  c'est un homme qui officie (il sera le seul dans l'histoire de l'école) : François BEULAYGUE, à qui la municipalité reproche son « manque de zèle et d'assiduité ».

Puis, plusieurs changements successifs :
Marie-Jeanne MOURÉ : 1er décembre 1885-30 septembre 1886, soit moins d'une année scolaire.
Antoinette VILLE : octobre 1886-octobre 1891. En 1887, l'inspecteur écrit : « local mauvais, logement insuffisant, mobilier mauvais. Le maire promet et ne fait rien … élèves jeunes, les grands sont aux champs … peu savent lire ». En mars 1890, 7 élèves présents sur 46, à cause de la préparation de la première communion et d'une épidémie de rougeole et de coqueluche.

Le 7 avril 1889, l'inspecteur primaire attire l'attention de l'inspecteur d'Académie sur la nécessité de constructions nouvelles à Norrat (et Norgeat) « locaux provisoires, ni commodes ni salubres...  l'ancienne municipalité n'a jamais permis que les projets soient menés à bien » et propose des sanctions : supprimer l'indemnité de l'État, pour que les loyers soient à la charge de la commune.


Sans doute en réaction à cette menace, la commune  achète plusieurs parcelles : 1438, 1439, 1440 et 1441 (futur bâtiment et future cour) et  1265 et 1266 (futur jardin de l'école) ; en tout 5 ares 32 centiares, pour un coût de 798 francs.




Et le 9 septembre 1890, l'inspecteur écrit au préfet : « La commune veut construire une école mixte, le terrain forme comme une terrasse élevée dominant la campagne... ». [il] « est  exposé à l'air et au soleil de tous les côtés ».
En juillet 1891 une adjudication est passée avec Antoine Douère, de Capoulet. En août, la construction  du bâtiment, qui domine toujours la « campagne », a commencé. Au décès d'Antoine, en février 1892, son fils Pierre Douère lui succède.


L'école dans son nouveau bâtiment (1892-1945)

L'école est prête pour la rentrée 1892.  Marie-Émilie CORRAZE (qui s'appellera plus tard FOURNIÉ), en poste à Norrat depuis un an, l'inaugure avec ses 33 élèves, quittant sans doute sans regret un « local mauvais » (inspection de juin) pour un « local neuf » (inspection de novembre).
Cependant, il n'est pas terminé : un an plus tard, la cloche n'est pas installée, il n'y a pas de rideaux, « le soleil rend le séjour de la salle insupportable », il manque « un long tableau noir avec des ardoises pour qu'il soit possible d' occuper les élèves (trop nombreux) du cours préparatoire » etc.
En 1895, l'inspecteur critiquera les erreurs de l'architecte qui « a placé les chambres d'habitation au nord  et le corridor au midi. C'est le contraire qu'il faut faire». De plus, « les cheminées fument, la maîtresse a un bureau qui n'a que trois pieds et qui s'écroule sur ses genoux... la cour devient une mare quand il pleut..., il faudrait réparer les gouttières qui démolissent les plafonds... ».
Il y a d'ailleurs d'autres défauts, puisque neuf ans plus tard,le conseil municipal notera : « Il y a urgence à refaire les murs ... sinon en totalité, au moins en partie. ». On apprend à cette occasion que   « Lors de la réception des travaux,une retenue de 300 francs fut faite, ces murs ne paraissant pas présenter toutes les garanties de solidité. » 

Le 16  mai 1894, arrive Elisabeth CAROL ; elle restera 4 ans.

En 1896, la municipalité souhaite  que « la direction de l’école de Norrat soit confiée à un instituteur ». Cette école étant fréquentée par une cinquantaine d’élèves, pour la plupart des garçons, « une institutrice a trop de peine à prendre pour diriger une école si nombreuse », mais « à condition que l'indemnité pour les travaux de couture  [matière obligatoire pour les filles] soit supportée par l'État ». Refus du préfet : l'indemnité doit être payée par la commune, qui renonce à sa demande.
La fréquentation  est très variable : le 27 octobre 1897, il n'y a que 16 présents sur 35, « les enfants sont occupés à la garde des bestiaux et à la récolte des pommes de terre », tandis que « les deux  premiers jours de l'année scolaire ayant été pluvieux, les élèves abondèrent ».
En août 1896, le conseil municipal a décidé de faire clôturer la cour de récréation, mais 2 ans plus tard ce n'est toujours pas fait.

Séjour éclair d'Anna CADRÈS (qui deviendra Anna AMIEL en 1903), venue à contrecœur le 1er octobre 1898 :  sa  santé « la met dans l'impossibilité de pouvoir occuper un poste d'un accès aussi difficile» ; elle reste 2 mois, remplacée par Lucie VIBES le 1er décembre.
Celle-ci instaure les cours d'adultes, mentionnés pour la première fois en janvier 1900, «  assidûment fréquentés », sans autre précision.
En juin de la même année, un ami de la famille, dont la signature est  illisible,  écrit au sénateur et lui demande d'intervenir pour qu'elle soit nommée à Tarascon ou à proximité, car elle « est indispensable à sa famille malade ». Et le 1er décembre, en cours d'année scolaire donc, la voilà à Arignac.


Ce même jour,  Anne SOULÉ quitte Suc-et-Sentenac et vient  instruire les jeunes  Miglosiens ; elle le fera pendant près de 20 ans ! Elle doit se plaire à Miglos car elle ne demande pas son changement, malgré l’éloignement de sa famille (Mérens) et les difficultés de circulation en hiver : ainsi, en janvier 1915, après avoir ramené le corps de sa nièce (décédée à Miglos de la typhoïde), elle écrit à l'inspecteur pour lui dire qu'elle est bloquée par un mètre de neige et ne peut rentrer.

Quelques données intéressantes :
En mars 1904, le maire (Hilaire Teulière) lui demande de remplacer, jusqu’aux élections, le secrétaire de mairie démissionnaire (Casimir Truel, son collègue de Norgeat). Après l'accord de l'inspecteur, elle  remplit cette fonction quelques semaines.

Le 30 décembre 1905, l'inspecteur primaire donne l'autorisation « d'installer, à l'occasion de la fête locale, le bal public dans la cour de l'école , les jeunes gens s'engageant à prendre à leur charge les détériorations qui pourraient se produire ».
Il faut savoir que la fête du village avait lieu le 14 janvier, jour de la St Hilaire, saint patron de Miglos. Ce qui obligeait souvent à déneiger la cour avant de danser (témoignage familial).

Les 13 et 14 décembre 1906, une tempête de vent  endommage le toit de l'école, L'adjoint au maire écrit au préfet :  « la fermeture du ciel-ouvert a été brisée et emportée à plus de deux cents mètres....  L'institutrice a signalé les dégâts à Monsieur le maire, elle a fait porter chez lui les objets endommagés » … qu'il lui a renvoyés « en disant qu'il n'était pas forgeron et de s'adresser à l'adjoint ».
Il ajoute « il y a longtemps que l'inertie de Mr le maire porte gravement préjudice à la commune, notamment à la maison d'école de Norrat..., le plafond s'est écroulé le 11 février... les contrevents sont tombés depuis 3 ans,...nous ne pouvons pas laisser les gouttières endommager les plafonds déjà en très mauvais état et laisser compromettre la santé d'une quarantaine d'élèves qui souffrent déjà du froid à l'école, le poêle ne suffisant pas à chauffer la classe
Les relations ne sont pas au beau fixe au sein du conseil municipal.
Quant à la fréquentation, elle est aléatoire : de « laisse beaucoup à désirer » (1901) à « médiocre, même en hiver » (1908) en passant par « bonne dans 4 mois d'hiver » (1902).

Un cours d'adultes est mentionné en 1903 « pour 8 jeunes filles ». En 1913, « un cours d'adultes a fonctionné 3 mois. Les jeunes filles ont fait surtout des travaux manuels ». Il faut noter que des  jeunes hommes fréquentent les cours d'adultes de Norgeat (témoignage familial)  et peut-être ceux d'Arquizat, mais nous n'avons pas de renseignement à ce sujet.

En 1911, la municipalité vote une subvention pour l'achat de livres de bibliothèque ; en 1914, elle compte 19 volumes, ce qui semble peu, même si l'effectif des inscrits, tout comme la population, a fortement diminué : 18 élèves seulement, contre 32 cinq ans plus tôt.

Mademoiselle SOULÉ (c'est ainsi que ses élèves en parlaient) quitte Miglos le 30 septembre 1920 et prend sa retraite à Mérens.

À partir de  cette date, nous avons beaucoup moins de renseignements, les dossiers des instituteurs n'étant  pas encore consultables.
Les seules sources d'archives sont les recensements (1921 à 1936) et les délibérations communales. Pour la période la plus récente, la précieuse mémoire des « anciens » nous apporte quelques compléments.

En 1921,  c'est Paule JOULÉ qui occupe le poste. Elle est sans doute arrivée en octobre 1920. On sait  qu'elle est née à Montgailhard et qu'elle est toute jeune (22 ans ). Le 13 juin 1926, elle se marie à Miglos et devient Paule MATHE.
Le 23 mai 1929, elle est licenciée de son emploi de secrétaire de mairie, par le nouveau maire, Honoré Pujol, au motif qu’elle n’habite pas à Arquizat, siège de l’administration municipale.
Une indemnité de 300 francs lui est accordée au titre de dédommagement.

Petite anecdote : en janvier 1924, l'inspecteur proteste auprès du préfet  « le chauffage des classes paraît à peu près exclusivement assuré par les élèves eux-mêmes » et demande  que « la commune de Miglos soit priée et au besoin mise en demeure de réparer cette omission dès l'établissement des prochains budgets ». Mais deux ans plus tard, le maire se fait « réprimander » par l'inspecteur : « j'ai constaté que le bois de chauffage n'était pas entièrement scié par les soins de la commune... le combustible doit être livré prêt à être utilisé ».

A la rentrée 1930 arrive Henriette BLAZY, originaire de  Gourbit ; en 1933, elle se marie et devient  Henriette MONIER ; en septembre 1934 elle est nommée à Arquizat.
Devenue veuve, elle se remariera en décembre 1959 et s'appellera Henriette BERNADAC.

Le 25 novembre 1935, on apprend par une lettre du maire (Joseph Fauré) au préfet que « l'institutrice de Norrat [Mme TULANE] est partie en vacances [sic] en vue d'une prochaine maternité » et que « les élèves ayant  déjà manqué 3 jours de classe, les parents sont mécontents ». Dès le lendemain, « une intérimaire vient d'être désignée » écrit le préfet : sans doute Marguerite MINARY, puisque c'est elle qui figure dans le recensement de 1936.
Cette année-là, tout comme deux ans plus tôt, l'inspecteur primaire refuse de prêter la salle de classe « comme salle de bal, à l'occasion de la fête locale » car « il en résulte des dégradations et tout au moins une insalubrité très grave ».

La dernière « régente » de Norrat est  Jeanne (dite Léontine) CRASTES née FAURÉ Braguil : arrivée en 1936, elle passe 9 années scolaires  dans son village natal puis est nommée à Bompas lorsque l'école du village ferme définitivement sa porte « par suite du manque d'élèves » en 1945. Entre temps, veuve, elle s'est remariée et est devenue Léontine SOULA.


Ainsi s'achève la courte histoire (67 ans seulement) de l'école de Norrat.
En mars 1954, l'appartement de l'institutrice est loué. 
Beaucoup plus tard, le préau est aménagé en habitation.
La salle de classe a servi de bureau de vote jusqu'au début des années 1990, avant l'instauration d'un bureau unique à Arquizat. Elle a été transformée à son tour en appartement, et le bâtiment loge actuellement 3 locataires.
 

Sources :
Archives départementales de l'Ariège :
  • Série 1T : 1T87 et 1T571, ainsi que les différents dossiers d'instituteurs.
  • Série 2O :  2O 979 et 2O 980.

Délibérations municipales de Miglos :
  • merci infiniment à Gérard Lafuente de m'avoir communiqué ses précieuses notes, car, hélas, beaucoup de comptes rendus ont aujourd'hui « disparu »  !
Andrée Cantelaube, mars 2020